La PCN-O, rebaptisée en 1904 la Royale gendarmerie à cheval du Nord-Ouest, en
reconnaissance de ses services insignes, avait aussi commencé à envoyer des
patrouilles dans le Grand Nord, afin d'y consolider et d'y défendre les
intérêts canadiens. Les patrouilles en traîneaux à chiens sur les
surfaces gelées du Nord canadien étaient devenues pratiques courantes pour
les membres de la Police à cheval, à mesure que se multipliaient les postes
éloignés et que se nouaient des liens avec les Inuit, dont ils apprenaient
les coutumes et à qui ils prêtaient assistance. Cependant, le malheur
frappe en 1910 - 1911, lorsque l'expédition menée par l'inspecteur Francis
J. Fitzgerald
et comprenant les gendarmes G.F. Kinney et R.O.H. Taylor, de même que
le gendarme spécial Sam Carter, leur guide, périt près du fort
McPherson. La «Patrouille perdue» avait quitté le fort McPherson
à destination de Dawson, au Yukon, le 21 décembre 1910. Le voyage tourna au
désastre lorsque, incapable de trouver son chemin dans les montagnes, la patrouille
dut faire demitour et amorcer une course désespérée contre la faim et
le froid. Les corps de Taylor et de Kinney, puis ceux de Carter et de Fitzgerald, furent
retrouvés les 21 et 22 mars 1911, à moins de 50 km du fort McPherson. Malgré les
difficultés rencontrées par les premières patrouilles
nordiques, la Police à cheval persévéra et maintint
une présence canadienne dans le Nord.
En 1920, la Gendarmerie absorbe la police du Dominion et prend le nom de Gendarmerie royale
du Canada. Tout au long des années vingt, elle continue sa poussée vers le
Nord, établissant des avant-postes et des détachements du Yukon
jusqu'à l'île de Baffin. Des bateaux de patrouille de la GRC transportent le
personnel et les vivres et aident à l'application de la loi. Une goélette, le
St-Roch, est construite en 1928 expressément pour les patrouilles nordiques.

Le bâtiment est effectivement très bien adapté à l'usage qu'on en
fait, bien que son équipage ne le trouve pas exceptionnellement confortable. En 1940 - 1942,
avec le sergent Henry Larsen à sa barre, le St-Roch devient le premier bateau à
réussir la traversée du Pacifique à l'Atlantique par le passage du Nord-Ouest.
Il refait le voyage en sens inverse en 1944 et devient le premier bateau à parcourir le passage dans
les deux sens. Avant d'être retiré du service, le St-Roch a la distinction
d'être le premier bateau à contourner le continent nord-américain
lorsqu'il navigue de Halifax à Vancouver en passant par le canal de Panama. Le St
Roch, déclaré monument historique national en 1962, fait partie de la
collection permanente du musée naval de Vancouver.
Plus de St-Roch no. #1 (en anglais).
Plus de St-Roch no. 2 (en anglais).
En 1932, la GRC fait encore les manchettes nationales avec l'affaire du «Trappeur
fou». L'homme en question, Albert Johnson, qui avait sa cabane sur la rivière
Rat, à 113 kilomètres de Arctic Red River (T.N.-O.), est accusé
d'avoir chapardé dans les sentiers de piégeage des Autochtones.
Le 31 décembre 1931, le gendarme A.W. King s'était rendu chez Johnson pour
l'interroger, mais il avait été accueilli par un coup de feu à la
poitrine. Une seconde patrouille vient assiéger le domicile du suspect le 10
janvier, mais même après une fusillade de quinze heures, Johnson
résiste toujours dans sa forteresse. Le forcené parvient
à s'enfuir dans les régions arctiques avant l'arrivée d'une
troisième patrouille. La GRC se lance à ses trousses, mais la prochaine rencontre
est fatale au gendarme E. Millen, qui tombe sous les balles de Johnson. Le trappeur
fou est finalement encerclé et abattu par ses poursuivants le 17 février. Le
capitaine W.R. May, pilote de brousse chevronné, a transporté les provisions
et le personnel sur les lieux de la poursuite et ramené à Aklavik le
s.é.-m. E.F. Hersey, blessé par Johnson quelque temps avant que celui-ci
ne trouve finalement la mort. Cette vaste chasse à l'homme fait ressortir
l'importance des communications radio et l'utilité du soutien aérien aux
opérations policières. Dès 1937, la GRC forme sa première section de
l'air en faisant l'acquisition de quatre appareils Dragonfly de la compagnie De Havilland.
La Gendarmerie utilise de nos jours des avions à réaction,
des hélicoptères et divers aéronefs équipés de roues, de skis et de
flotteurs, ce qui lui donne beaucoup de souplesse dans l'exercice de ses fonctions policières.