Les Sioux américains
En 1877, des milliers de Sioux américaines se réfugient au Canada, menaçant ainsi l'ordre que la Police à cheval a aidé à établir dans les Prairies. Pendant des années, les Sioux ont mené une guerre vouée à l'échec pour protéger leurs territoires de chasse traditionnels de l'empiètement de la civilisation des Blancs. En 1875, les autorités américaines avaient annoncé aux Sioux que s'ils ne se fixaient pas dans les réserves qui leur avaient été désignées, ils seraient considérés comme des ennemis des États-Unis. Les Indiens avaient refusé, et au printemps 1876, l'armée des États-Unis avait entrepris une campagne pour les obliger à aller vivre dans les réserves. Le point culminant de la résistance des Sioux a pris place à Little Big Horn en juin 1876, avec l'extermination de cinq pelotons du 7e régiment de cavalerie des États-Unis, sous le commandement du lieutenant-colonel George A. Custer. La défaite de Custer était cependant le commencement de la fin. Les Sioux ne peuvent plus espérer vaincre les forces militaires considérables qui approchent maintenant de tous côtés pour les pourchasser. Fatigués et affamés, ils reculent graduellement vers le nord pour chercher refuge en territoire canadien.
L'arrivée des Sioux menace maintenant de compromettre les relations pacifiques que le Canada est en train d'établir avec ses propres tribus car on sait que les Sioux ont toujours été de farouches ennemis de plusieurs tribus d'Indiens du Canada. De plus, leur présence pèse lourdement sur les troupeaux de bisons qui ont déjà beaucoup diminué.
La tâche est difficile pour la Police à cheval du Nord-Ouest. Il faudra surveiller de près les Sioux. Les guerres entre les tribus ne doivent pas renaître. Il faut que les Sioux obéissent aux lois canadiennes, et par-dessus tout, il ne faut pas les laisser utiliser le territoire canadien comme base d'attaque contre les Américains. C'est alors que Fort Walsh, dans les collines du Cyprès, devient le principal centre d'opérations de la Police. Le poste, créé en 1875, est consolidé et entouré d'une palissade fortifiée. Sa nouvelle importance sera reconnue en 1878 lorsque le quartier général y sera transféré de Fort Macleod.
En novembre 1876, des éclaireurs transmettent à fort Walsh les premières nouvelles des Indiens qui émigrent. Ils signalent qu'un fort groupe de Sioux se déplace vers le nord, allant vers le poste de traite de Wood Mountain. En quelques jours, le surintendant Walsh et un groupe de treize membres de la Police à cheval se dirigent vers l'est pour rencontrer les fugitifs. A son arrivée à Wood Mountain, le surintendant trouve environ deux mille Sioux sous le commandement de Black Moon, le chef héréditaire de la tribu; ils sont campés à proximité du poste de traite. On convoque un conseil et les Indiens annoncent qu'ils sont fatigués d'être chassés et sont venus au pays de« la Grande Mère Blanche » pour y trouver refuge. Le surintendant Walsh les avertit alors d'un ton ferme qu'ils doivent obéir aux lois et, avant tout, qu'ils ne doivent pas attaquer les troupes des États-Unis.
La Bande de Black Moon est suivie, au début de 1877, par deux groupes de Sioux, le premier sous la conduite du chef Four Horns et enfin une bande nombreuse sous le commandement de Sitting Bull, qu'on reconnaît maintenant comme le chef de la résistance des Sioux. A l'été 1878, tout semble indiquer que les Sioux resteront au Canada pour de bon. Malgré les négociations entre les gouvernements du Canada. et des États-Unis, ils refusent toujours de retourner aux États-Unis. Toutefois, ce que la diplomatie ne peut réussir, la raréfaction des troupeaux de bisons l'obtiendra bientôt. De fait, à mesure que leur source traditionnelle de nourriture diminue, les Indiens commencent à se rendre compte qu'ils devraient accepter un mode de vie sédentaire. Il n'ya pas de raison de défendre des territoires maintenant dépourvus de bisons. De plus, le gouvernement canadien continue à insister sur le fait qu'ils sont des réfugiés et qu'il n'a pas l'intention de leur accorder des réserves au nord de la frontière. Les Sioux doivent retourner vers le sud.
En 1879, l'influence de Sitting Bull est à son déclin et, par petites bandes, les Sioux prennent la voie du retour. Cependant, le chef sioux et un petit groupe d'intransigeants continuent à refuser malgré tout de faire confiance aux Américains. En 1880, le gouvernement Macdonald décide d'adopter une position plus ferme et enjoint la Police à cheval de visiter les campements sioux encore sur place et de les avertir que le gouvernement ne leur fournira désormais plus de nourriture. S'ils ne retournent pas aux États-Unis, ils mourront de faim. Ce n'est qu'un an plus tard que la dernière bande, dirigée par Sitting Bull, se rend aux autorités américaines à Fort Buford, dans le Dakota du Nord.
|