La Marche vers l'Ouest
Le 8 juillet 1874, le petit effectif de la Police à cheval du Nord-Ouest quitte Dufferin, au Manitoba, et s'achemine vers l'ouest en direction du confluent des rivières Bow et Belly, quelque huit cents milles plus loin, dans ce qui constituera plus tard le sud de l'Alberta. L'objectif de ce trajet: localiser le fort Whoop-Up, la célèbre place torte des trafiquants de whisky, et mettre fin au commerce du whisky. Pendant deux mois, la cavalcade de chars à boeufs, de charettes, de bétail, de pièces d'artillerie et d'équipement agricole progresse lentement vers l'ouest. À Roche-Percée, le contingent se divise et la majeure partie de la troupe "A" se dirige vers le nord-ouest, en passant par le fort Ellice, pour enfin s'installer au poste de la Compagnie de la baie d'Hudson, au fort Edmonton. De leur côté, les autres policiers, las et en loques et dont les montures sont affamées et assoiffées, avancent péniblement jusqu'aux collines Sweet Grass, près de la frontière internationale. De là, le Commissaire, son adjoint et quelques hommes continuent vers le sud jusqu',à Fort Benton, au Montana, pour se réapprovisionner en vivres et acheter des chevaux frais et dispos.
Dès son retour de Fort Benton, le Commissaire part avec deux troupes en direction de Swan River, le nouvel emplacement des quartiers généraux de la Police. Entre-temps, sous le commandement du commissaire adjoint lames F. Macleod, les troupes «B», «C» et «F» ainsi que le reste de la troupe «A»,, poussent vers l'ouest en direction des contreforts des Rocheuses. Avec le Métis Gerry Potts comme guide, le major Macleod repère le fort Whoop-Up, mais les trafiquants de whisky n'y sont plus. Enfin, en octobre 1874, la petite colonne s'arrête sur les berges de la rivière Oldman et y entreprend la construction du premiere avant-poste de la Police à cheval dans l'Ouest. C'est ainsi que ce poste est appelé Fort Macleod, du nom de l'officier qui le commande.
Au cours des mois qui suivent, l'anarchie et le trafic du whisky sont considérablement réduits. En 187-3, la Police à cheval a déjà établi de nouveaux postes à Fort Saskatchewan, Fort Calgary et Fort Walsh. L'ordre public est enfin fermement instauré aux frontières de l'Ouest canadien.
Entre 1874 et 1885, la Police à cheval a pour tâche principale de nouer et d'entretenir des relations amicales avec les Indiens des Territoires du Nord-Ouest. L'une des préoccupations majeures du gouvernement canadien au cours de cette période est d'éviter les guerres de frontières qu'ont connues les Américains. La situation au Canada est heureusement différente de celle d'au-delà de la frontière. Les mineurs et les colons ne sont pas encore arrivés dans l'Ouest canadien en nombre suffisant pour disputer aux tribus guerrières leurs territoires de chasse. La rapide disparition du bison constitue un facteur clé de cette situation pacifique étant donné qu'elle force les Indiens à se retirer sur les réserves. Ainsi, lorsque la colonisation commence dans les Prairies, l'Indien a, en toute sécurité, adopté une vie sédentaire dans une réserve et il a enlevé sa peinture de guerre.
Pendant que les hostilités débutent entre les Sioux américains et l'armée des Etats-Unis, au printemps 1876, les autorités canadiennes se montrent désireuses d'acquérir pacifiquement les titres de propriété de la majeure partie du territoire que revendiquent les tribus des Saskatchewans et celles de la confédération des Pieds-Noirs. C'est à cet effet qu'au cours de la même année, le traité n° 6 est conclu entre le gouvernement canadien et les Indiens cris et assiniboins. De ce fait, ces derniers cèdent leurs droits de propriété sur 120 mille milles carrés du centre de l'Alberta et de la Saskatchewan. Au cours des négociations, la présence de la Police à cheval, avec ses uniformes écarlates, a un effet d'apaisement sur les tribus indiennes.
En septembre 1877, à Blackfoot Crossing, sur la rivière Bow, les tribus de la confédération des Pieds-Noirs rencontrent les deux commissaires canadiens nommés pour conclure un traité avec eux; il s'agit de l'honorable David Laird, lieutenant-gouverneur des Territoires du Nord-Ouest, et du commissaire J.F. Macleod de la Police à cheval du Nord-Ouest. Les liens de confiance qui se sont créés entre le commissaire Macleod et Pied de Corbeau et Red Crow, les deux chefs indiens les plus importants, sont à la base de la signature du traité n° 7, ou traité avec les Pieds-Noirs. À cette occasion, le chef Pied de Corbeau témoigne de la confiance de son peuple en ces termes: « Les conseils qu'on m'a donnés ainsi qu'à mon peuple se sont avérés très bons. Si la police n'était pas venue dans ce pays, que serions-nous devenus? Les malfaiteurs et le whisky faisaient chez nous de tels ravages que très peu d'entre nous seraient encore en vie aujourd'hui. La Police à cheval nous a protégés comme les plumes de l'oiseau le protègent des rigueurs de l'hiver. » C'est le 22 septembre, lors d'une cérémonie grandiose, que les chefs de la confédération des Pieds-Noirs signent le traité et cèdent leurs titres de propriété sur ce qui constitue aujourd'hui la partie sud de l'Alberta. Enfin, la voie est libre pour la colonisation des plaines et la construction d'une voie ferrée transcontinentale qui, l'espèrent les Canadiens, saura assurer un avenir prospère à leur jeune nation.
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