Vers le Nord, sur les rives de l'Arctique
Comme dans les Prairies, l'ouverture de la frontière septentrionale du Canada est précédée par l'instauration de l'ordre public. Bien que l'attention soit centrée sur son rôle capital dans le Yukon, la police a déja commencé à étendre ses activités dans les forêts subarctiques du Moyen Nord canadien, soit la région de l'Athabasca, le bassin du Mackenzie et le district de Keewatin, à l'ouest de la baie d'Hudson. À la fin du dix-neuvième siècle, trafiquants, trappeurs et prospecteurs ont fréquemment pénétré dans ces régions. De ce lait, il s'avère de plus en plus impérieux d'exercer une surveillance plus efficace pour protéger les autochtones, appliquer les lois sur les boissons alcooliques et faire respecter les règlements de la chasse.
Dès 1890, on crée une patrouille à York Factory, sur la Baie d'Hudson. Trois ans plus tard, une autre patrouille étend l'autorité de la police dans la région de l'Athabasca. En 1897, l'inspecteur A.M. Jarvis atteint, avec deux hommes, Fort-Résolution sur le Grand lac des Esclaves et, plus tard au cours de la même année, on crée des détachements à Fort Chipewyan, Athabasca Landing et au Petit lac des Esclaves.
Ce mouvement vers le Nord est cependant ralenti par le besoin en hommes qu'exige la ruée vers l'or. Ce n'est que lorsque la situation dans le Yukon commence à se stabiliser qu'il reprend de la vigueur. Grâce à un réseau de patrouilles et de détachements, la police étend graduellement son autorité à travers la ceinture de forêts jusqu'aux rives désolées de l'océan Arctique. À la fin de la Première Guerre mondiale, l'ensemble du continent septentrional a effectivement été placé sous la juridiction canadienne.
La nouvelle poussée vers le Nord débute en 1903; elle est dictée par le litige entre le Canada et les États-Unis sur l'emplacement de la frontière de l'Alaska. Lorsque le conseil juridique arbitrant le différend décide en faveur de la demande américaine, Ottawa s'inquiète du fait que l'activité des baleiniers, le long des côtes canadiennes de l'Arctique, pourrait entraîner d'autres pertes de territoire. De ce fait, le surintendant Constantine, le sergent F.J. Fitzgerald et quatre gendarmes reçoivent l'ordre de se rendre au fort Macpherson, à l'embouchure du fleuve Mackenzie, pour étudier la nécessité d'établir des postes dans l'ouest de l'Arctique.
Lors de son arrivée dans la localité, l'inspecteur Constantine obtient, de la mission locale, un cantonnement pour le détachement. Il retourne ensuite vers le sud, laissant le reste des hommes pour y passer l'hiver.
Entre-temps, le sergent Fitzgerald continue à descendre le Mackenzie jusqu'à l'île Herschel, dans l'océan Arctique, qu'il atteint le 7 août 1903. Des rapports voulant que les baleiniers qui hivernent sur l'île ont approvisionné les Esquimaux en boissons alcooliques, ont poussé le sergent à s'y rendre. Il loue deux huttes de terre à l'une des compagnies baleinières et s'y installe pour passer l'hiver, avec seulement quatre feuilles de papier à lettre. Le sergent trouve très peu d'alcool sur place mais il réussit à faire comprendre aux baleiniers américains que dorénavant l'habitude d'en fournir aux autochtones doit cesser, qu'il faut respecter les lois canadiennes et qu'il faut payer les droits de douane sur tous les biens débarqués au pays. En 1905, on groupe les détachements du district du Mackenzie et de la région de l'Athabaska pour constituer la Division « N » dont les quartiers généraux se situent a Athabasca Landing.
Á des milliers de milles de là, à l'autre bout du pays, le surintendant J.D. Moodie et un groupe de dix hommes se préparent à quitter Halifax sur le S.S. Neptune pour la baie d'Hudson. La tâche du surintendant consiste à faire respecter l'ordre par les baleiniers qui utilisent la région et à créer un poste d'où l'autorité canadien ne pourra s'étendre vers l'ouest dans le district de Keewatin. L'emplacement choisi pour le nouveau poste est Fullerton, sur la côte ouest de la baie d'Hudson, en face de la pointe sud de l'île Southampton. Le port constitue un point d'hivernage fréquent pour les baleiniers. Le surintendant et ses hommes arrivent à Fullerton le 23 septembre 1903, y déchargent leurs provisions et se hâtent de construire les bâtiments du détachement avant le gel. Au cours de l'hiver, un des hommes devient fou et dans les baraquements étriqués, ses cris furieux exercent une tension considérable sur les nerfs des autres.
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